Iconographie commentée ou résumé illustré du livre

Introduction

Je n’ai pas pu, parce que le coût aurait été prohibitif pour l’éditeur, insérer de cahier iconographique dans mon ouvrage et le regrette beaucoup. Sur le plan de la démonstration juridique, ce n’est pas important, il suffit de citer les textes, mais il ne faut pas sous-estimer l’intérêt de se mettre sous les yeux les documents originaux eux-mêmes. J’en collectionne quelques un que j’ai pu trouver chez des libraires spécialisés dans les ouvrages anciens, y compris les documents originaux et autographes.  Dans cette section je poste les illustrations que j’aurais aimé faire figurer dans le livre si la chose avait été possible (avec la page à laquelle l’illustration se rapporte). Cette rubrique est, au moins pour le moment, dans le désordre : je mets les images dans l’ordre où je les trouve, on mettra de l’ordre plus tard. Mon intention est de faire dans cette rubrique un résumé illustré du livre en sorte que chaque section de la démonstration que j’y fais puisse être résumée sous un document historique ou une illustration qui viendra soutenir mon propos.

La Terreur en Vendée

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L’exécution des sœurs de la Métairie par Debay (Musée de Nantes)

J’emprunte cette image au site « Vendéens et Chouans » qui j’espère ne m’en voudra pas (on trouvera le lien pour ce site dans la rubrique « Liens ». C’est le tableau de Debay qui se trouve au musée de Nantes (dans le château des ducs de Bretagne). C’est celui que j’ai choisi pour la couverture de mon livre. Pour des raisons techniques l’éditeur a préféré couper le tableau, ce qui malheureusement lui fait perdre l’effet dramatique du contraste entre le sombre bourreau et l’anfoisse éperdue des quatre soeurs, les demoiselles de la Métairie (la cinquième femme est leur servante, elle sera exécutée avec elles, on ne faisait pas dans le détail). La guillotine n’est pas représentée, mais on sent sa présence. La scène se passe sur la place du Bouffay à Nantes où elle était dressée. La scène se passe en décembre 1793, Carrier étant alors le maître absolu de Nantes. C’est dans les mêmes jours qu’il ordonna d’ailleurs l’exécution (sans jugement, comme pour les soeurs de la Métairie) l’exécution d’enfants. L’un d’eux était si petit – il pouvait avoir 12 ou 13 ans- que le bourreau l’ayant lié sur la planche à bascule, sa tête ne passait pas entièrement par la lunette de l’instrument : le couperet lui fendit le crâne au lieu de lui couper la tête. J’ai mis ce tableau en couverture de mon livre pour que son côté sombre et dramatique fasse contraste avec la sérénité de la représentation de la Justice qui est dans la partie inférieure. Histoire et Droit, Drame mais volonté d’examiner les choses avec impartialité, j’ai voulu que la couverture du livre dise quelque chose du projet qui était le mien en l’écrivant.

La « Vendée-Vengé » : détruire la Vendée

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Un soldat « Bleu » piétine symboliquement la Vendée, département qui doit être rebaptisé « Vengé » parce qu’ayant subi la « vengeance nationale » (ce terme est récurrent dans la rhétorique conventionnelle de l’époque, spécialement sous la plume de Barère, mais il n’est pas spécifique à la Vendée). En fait ce changement de nom ne sera jamais effectif. Le député (vendéen) Fayau s’y oppose avec un argument assez surprenant : « on n’a point assez incendié dans la Vendée : la première mesure à prendre est d’y envoyer une armée incendiaire. Il faut que pendant un an nul homme, nul animal, ne trouve subsistance sur ce sol » (voir page 268)

L’exécution du Bienheureux Noël Pinot

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Né en 1747, prêtre en 1770, Noël Pinot refuse de prêter le serment constitutionnel. Il est alors démis de ses fonctions de curé du Louroux-Béconnais et peu après reprend son ministère dans la clandestinité. Il est guillotiné le 21 février 1794, dans les vêtements sacerdotaux qu’il portait lors de son arrestation. Cette fresque le représente commençant le signe de croix alors qu’il est au pied de l’escalier qui le mène à l’échafaud : il y monta comme le prêtre monte à l’autel, selon le rite de l’époque toujours surélevé de trois marches au moins et en récitant les « prières au bas de l’autel » (« Introibo ad altare Dei ».- « Je m’avancerai jusqu’à l’autel de Dieu »). Selon la foi catholique, la messe est un sacrifice : Noël Pinot faisait le sacrifice de sa vie pour sa foi, il a été béatifié (première étape avant d’être déclaré « saint ») par le pape Pie XI en 1926. Cette image a sa pertinence pour mon sujet en ce qu’elle rappelle que les Vendéens peuvent être définis en particulier comme un groupe religieux qui s’est soulevé pour la défense de ses « bons prêtres » et de ses convictions religieuses, dans un contexte où la liberté de culte, pourtant en principe garantie par la loi, lui était niée. La révolte vendéenne ne cessera d’ailleurs que lorsque cette liberté religieuse lui sera rendue, ce qui sera définitif seulement avec la signature du Concordat de 1801 par Bonaparte et le légat du pape Pie VII. Quand plus tard, en 1815 et surtout en 1832 on cherchera à soulever à nouveau la Vendée contre le gouvernement, les Vendéens refuseront de marcher : le ressort religieux, qui avait été au cœur de leur révolte en 1793, ne peut plus être actionné. Un des premiers historiens de la guerre de Vendée, Jacques Crétineau-Joly, se fera d’ailleurs fort mal voir du mouvement royaliste légitimiste lorsque dans son « Histoire de la Vendée Militaire » parue en quatre volumes entre 1840 et 1842, il écrivit que la révolte vendéenne n’avait pas eu pour but immédiat le rétablissement du trône que d’ailleurs ils avaient vu abattu progressivement à partir de 1789 et jusqu’à l’exécution du Louis XVI en janvier 1793 sans se révolter (le soulèvement vendéen ne commence qu’en mars 1793). Les Vendéens ne se sont battus « pour le Roi » que parce qu’il en étaient arrivés à la conclusion que seule la restauration de la monarchie permettrait le rétablissement du culte catholique tel qu’il existait avant la constitution civile du clergé. Ce point est important pour la définition du groupe vendéen comme « groupe protégé » au sens la convention de l’ONU de 1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide qui envisage quatre caractères principaux («national, racial, ethnique ou religieux ») qui, séparément ou de manière composite, doivent former l’identité d’un « groupe stable ou permanent » visé comme tel par une tentative de destruction «totale ou partielle ». Sur l’identité des Vendéens comme groupe visé par une entreprise génocidaire en 1793-1794 au sens de la loi et de la jurisprudence pénale internationales, voir pages 104-136, qui contiennent un point essentiel de ma démonstration.

La devise républicaine « ou la mort »

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Cette illustration de la devise républicaine à l’époque révolutionnaire mérite un commentaire. Tout n’est pas encore fixé. La « Fraternité », par exemple ne figure pas toujours sur la devise, mais ici elle y est. Le bonnet phrygien (qu’on considérait alors comme la coiffure des esclaves affranchis dans l’antiquité, et donc comme le symbole de la liberté) nous est familier.  Le coq (en latin « gallus », à rapprocher des « Galli », les Gaulois) ne deviendra un symbole vraiment national qu’à l’époque de la monarchie de Juillet. Les trois couleurs nationales ne sont pas encore fixées verticalement par rapport à la hampe du drapeau, elles sont souvent distribuées de manière encore différentes. Cependant tous ces symboles nous sont devenus familiers.

Il y a cependant deux choses qui sont sorties depuis cette époque de l’iconographie républicaine et des symboles auxquels elle se réfère : le canon et la finale « ou la mort » de la devise de même que la mention « unité et indivisibilité de la République ».

« Ou la mort » : il y a deux sens à cette expression si la première « nous sommes capables de nous faire tuer pour ces trois valeurs de Liberté, Egalité, Fraternité », elle veut aussi dire « nous sommes capables de tuer pour ces trois valeurs ». En outre le « ou la mort » s’applique à l' »Unité et Indivisibilité de la République », qui caractérise ce que nous appellerions aujourd’hui le jacobinisme centralisateur. Tout ceci est intrinsèquement polysémique. A l’époque une interprétation, qui est sans doute l’interprétation dominante, est qu’à tous ceux qui n’accepteront pas la République, son unité et son indivisibilité, y compris idéologique, c’est la mort qui est promise. Carrier dira ainsi « “Nous ferons un cimetière de la France plutôt que de ne pas la régénérer à notre manière !” . Ce « nihilisme révolutionnaire », qui n’est évidemment pas la seule interprétation de la notion de République, est aussi ce qui  a mené les autorités républicaines de l’époque dans cette spirale de violence qui les a menées du crime de guerre au crime contre l’humanité puis du crime contre l’humanité au crime de génocide. A cet égard la partie « terroriste » de la Révolution française (car le mot « terroriste » apparait dans la langue française en référence à cette époque, pour désigner le gouvernement de Terreur de l’an II) est bien la matrice des totalitarismes du XXème siècle. Cette importance de la notion de « régénération » que constituerait l’élan révolutionnaire (qui suppose aussi que ceux qui n’y adhèrent pas sont des « dégénérés », donc à éliminer) est importante pour comprendre la logique criminelle et finalement génocidaire de la politique menée en Vendée. Sur cette notion voir pages 151-158.

Turreau, génocidaire de la Vendée

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Louis-Marie Turreau, le commandant des colonnes infernales représenté ici dans sa splendeur quelques années après sa mort : Grand Officier de la Légion d’Honneur, Baron de Linière sous l’Empire, il a son nom gravé sur l’arc de Triomphe :

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Turreau est un de ces exemples qui démontrent que la Justice n’est décidément pas de ce monde. Assez curieusement, pour bien comprendre le caractère abominable et pour tout dire absolument méprisable du personnage, il faut lire ses Mémoires. Composés en 1795, alors qu’il attendait son procès (il sera acquitté avec les honneurs), Turreau -qui ne renie rien de ses « exploits » en Vendée, explique froidemement comme il a décidé de ne laisser aux Vendée que « le choix de la mort » (autrement dit : soit la mort les armes à la main soit égorgés par ses troupes sans se défendre). La meilleure édition, et en tous cas la plus abordable est l’édition anastatique publiée par les Editions du Choletais en 1992 (présentation et commentaire de Michel Chatry) qui reproduit l’édition de 1824 mais donne quelques variantes des éditions française de 1795, anglaise (Londres) de 1796 et celle qu’il fit paraître pendant les Cent-Jours en 1815. Je raconte (pages 184-209) comment Turreau a mis en place son projet, l’a fait approuver par le Comité de Salut Public en la personne de Carnot, puis comment il s’est faufilé dans tous les régimes qui se sont succédés ensuite, jusqu’à l’Empire, qui le fera baron de Linière avec les armoiries que voici : armoiries-tureau

et à la Restauration : Louis XVIII avait même prévu de lui décerner la Croix de Saint-Louis ! l’époque était à la « réconciliation nationale », il ne fallait pas réveiller les mauvais souvenirs. Turreau est un cas assez unique de génocidaire qui continue à être honoré par des monuments public (l’autre exemple qu’on pourrait citer est Talaat-Pacha, génocidaire des Arméniens, qui a son mausolée à Istanbul).

Turreau nommé par Robespierre, Carnot, Billaud-Varenne & Barère

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Le document ci-dessus est d’une importance particulière. C’est la nomination de Turreau, signée par Barère, Billaud-Varenne, Carnot et Robespierre. Turreau est nommé général de division (ce sera le maximum de sa carrière) et chargé du commandement de l’armée de l’Ouest. Il ne prendra en fait son commandement effectivement qu’un bon mois plus tard (le 7 frimaire an II, date que porte la nomination, correspond au 27 novembre 1793) et sera même absent de la bataille de Savenay (23 décembre 1793) au cours de laquelle l’armée catholique et royale sera définitivement détruite et ne pourra plus se recomposer. Juridiquement, l’autorité de nomination est aussi l’autorité disciplinaire. En nommant Turreau et en le maintenant à son poste jusqu’au 13 mai 1794, alors qu’il est mis au courant des atrocités que ses troupes commettent (le Comité de Salut Public est d’autant mieux informé que 1° Turreau a écrit ses projets à Carnot et que 2°) il est flanqué de « Représentants en Mission » , les citoyens Hentz, Garrau et Francastel, qui lui rendent compte de tous ses agissements, le Comité dans son ensemble, et chacun de ses membres en particulier, engagent leur responsabilité pénale dans les crimes que le général commet dès lors qu’ils ne l’empêchent pas d’agir. Or non seulement ils ne l’empêchera pas, mais il rejettera toutes les plaintes qui lui parviendront, y compris des municipalités républicaines massacrées par les « colonnes » de Turreau, suivant en cela d’ailleurs les rapports des représentants en mission. Sur les conséquences juridiques qu’on peut en tirer voir pages 243-252 pour la responsabilité de Robespierre et toute la partie suivante (VII) pour l’ensemble du Comité de Salut Public en général et de chacun de ses membres en particulier.

La célébration des génocidaires en 1950

En tous cas une chose est sûre :

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Robespierre et Carnot continuent à être célébrés. Carnot plus que Robespierre d’ailleurs, sans doute parce que le premier a été encore plus habile que le second, qu’il n’a pas peu contribué à envoyer à la guillotine le 9 thermidor. Carnot, encensé par les thermidoriens, qui conserveront pratiquement entièrement le pouvoir jusqu’au coup d’Etat du 18 brumaire, sera honoré du titre d' »Organisateur de la Victoire ». Robespierre pour sa part est devenu, surtout après 1917, l’idole de la gauche radicale, surtout communiste. La mairie de Montreuil, qui faisait alors partie de la « ceinture rouge » de Paris, a donné son nom à une station de métro en 1936. Il paraît que le grand historien Pierre Chaunu disait cracher par terre à chaque fois qu’il passait devant le lycée Carnot à Paris, et ce n’est pas psans raison. Ce qui est amusant est que la série de timbres dont je tire les deux représentés ici, et qui date de 1950, comprend aussi 1) André Chénier (qui fut guillotiné apparemment sur l’initiative spéciale de Barère : le père du poète était allé supplier Barère de faire libérer son fils. Barère aurait promis qu’il sortirait de prison sous trois jours : ce fut fait, trois jours plus tard il en sortait ….pour monter à l’échafaud (« Barère de Vieuzac, l’Anacréon de la guillotine » par Robert Launay, Editions Jules Taillandier 1929, page 189. C’était le 7 thermidor, deux jours plus tard, c’est Robespierre qui passait lui-même à la guillotine) et 2)  Danton, dont on se souvient qu’il fut guillotiné sur ordre de Robespierre lui-même le le 5 avril 1794 (16 germinal an II). Alphonse Aulard consacre toute une étude très érudite à le démontrer dans ses « Etudes et Leçons sur la Révolution française » (deuxième série « Aux apologistes de Robespierre ». Il n’épargne pas non plus Carnot dans une autre étude de la même série « Les responsabilités de Carnot ». La Révolution est-elle un bloc ? en tous cas on n’a pas trouvé anormal en 1950 d’éditer un bloc de timbre comprenant 6 personnages dont deux (Chénier et Danton) ont été guillotinés sous le pouvoir d’un troisième (Robespierre) qui a lui-même été guillotiné à la suite d’un coup de force dont lequel le quatrième (Carnot) a été l’inspirateur. Les deux autres personnages de la série sont David, qui a commencé comme ardent partisan de Robespierre et qui finira comme peintre de cour sous Napoléon, et Hoche dont il y aurait pas mal à dire quant à son rôle en Vendée (il a sa statue à Versailles dont il est originaire comme « Pacificateur de la Vendée », ce qui n’est pas faux si on pense à la paix des cimetières).

Barère et  les « carmagnoles »

Il faut quand même dire un mot de Barère :

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Barère est un curieux personnage. Il se pique de littérature et ne manque d’ailleurs pas de style. C’est notamment à lui qu’on doit les plus importants discours contre la Vendée. C’est sur son rapport que la Convention votera la loi du 1er août et celle du 1er octobre 1793 qui caractérisent le crime contre l’humanité en Vendée (partie IV, spécialement les pages 91-99). Il est typique de ce genre littéraire révolutionnaire qu’on appelle la « Carmagnole », mot qui ne désigne pas seulement la fameuse chanson/danse révolutionnaire (« dansons la carmagnole, vive le son du canon) ou la veste courte du sans-culotte, mais aussi cette littérature enflée, lyrique, grandiloquente et quelque peu ridicule du genre « Le vaisseau de la révolution ne pourra arriver au port que sur une mer rougie de sang  » (Barère, dans un discours du 17 septembre 1793, cette citation est parfois attribuée faussement à Saint-Just). Barère fera notamment les discours grandiloquent sur la fin du « Vengeur » (à quoi sans doute j’ai dû d’avoir une belle image dans un de mes livres d’histoire de l’école primaire) et surtout sur Bara (géniale idée de propagande : l’innocence attaquée par la contre-révolution : on sait aujourd’hui que l’histoire a été inventée de toutes pièces). Le dessin ci-dessus, que je tire de la biographie précitée de Barère, nous le montre en orateur romantique.Il semblerait d’ailleurs que si Barère a voulu la tête d’André Chénier, c’est que celui-ci se moquait de sa littérature enflée (« On dit que le mépris froid et dédaigneux/Devint une ardente colère/Quand on vous eût mis sous les yeux/Le sot fatras du sot Barère » : et voilà comment on se fait envoyer à la guillotine en 1794).

Mais revenons à notre sujet : Barère est aussi coupable que les autres membres du Comité de Salut Public, parce que tous les membres de ce comité ont défini collégialement la politique criminelle menée en Vendée, mais il y a pris une part plus éminente encore que les autres parce qu’il a en quelque sorte « vendu » cette politique à la Convention. Un personnage du nom de Momcilo Krajisnik a été condamné par le Tribunal Pénal International pour la Yougoslavie, alors même qu’il n’était pas formellement membre, comme Barère, de l’exécutif serbe, mais simplement parce que, président de l’assemblée parlementaire des Serbes de Bosnie, il a -comme Barère- organisé le soutien politique de cette assemblée à l’exécutif serbe de Bosnie qui en a usé pour commettre des crimes contre l’humanité (et le génocide de Srebrenica). Voir page 247-249

La « Loi de Sang » du 19 mars 1793

Ce nom de « Loi de Sang » est donné par Alain Gérard dans l’ouvrage « Vendée, les archives de l’extermination » publié par les éditions du Centre Vendéen de Recherches Historiques en 2013 (cf la bibliographie). Il est pas mauvais de visualiser ce texte :

loi 19 mars partie 1-1

loi 19 mars partie 2

loi 19 mars partie 3

loi 19 mars partie 4

Il faut lire cette loi avec attention pour en comprendre le caractère profondément criminel.

L’article 1er ressuscite l’institution juridique du « Hors-la-loi » qui remonte au Droit Romain. Cette notion signifie que la personne qui en est frappée cesse, comme le nom l’indique, de bénéficier de la protection des lois. Le statut de « Hors-la-loi » n’est pas explicité, mais il est parfaitement clair pour les juristes de l’époque et d’abord de Jean-Jacques Régis de Cambacérès (qui sous Napoléon deviendra « Altesse sérénissime », Archichancelier de l’Empire et Duc de Parme) qui a été formé à la faculté de Montpellier, spécialisée dans le Droit Romain. « La conséquence » dont parle l’article 1 n’est qu’une des conséquences : le hors-la-loi est mis à mort sans procès, il suffit de faire constater sa qualité de hors-la-loi par une commission militaire. Selon les cas, deux ou trois signatures suffiront. Une déposition purement orale (sans aucune preuve matérielle donc) suffit pour envoyer quelqu’un à la mort. Aucune enquête, aucune procédure contradictoire, aucun recours, pas de droits à la Défense. Ceci se passe de commentaire.

Mais une autre des conséquences de ce statut est que les lois de la guerre sont également suspendues à l’égard des hors-la-loi : par exemple ces lois de la guerre qui interdisent de tuer les prisonniers, d’achever les blessés, de s’en prendre au non-combattants etc, cessent de s’appliquer. Et de fait il n’y a pas une « loi ou coutume de la guerre »(c’est par cette expression que les tribunaux pénaux internationaux désigne le droit de la guerre) que les troupes républicaines n’aient violé. Ils les ont toutes violées non par indiscipline des troupes, ou « par dérapage », mais par choix délibéré. Le crime de guerre est du fait de cette loi, érigée en politique du pouvoir parisien de la Convention qui vote cette loi.

L’article VI de la loi est spécialement odieux. Sa première phrase est pour dire que les prêtres (il n’est pas fait de différence en principe entre ceux qui ont prêté le serment constitutionnel et ceux qui l’ont refusé et rétracté), les nobles, les fonctionnaires de l’Ancien Régime, et même leurs domestiques, même s’ils n’ont rien fait de particulier (ceux qui ont pris part aux attroupements ou à la révolte ne sont visés que dans la phrase suivante) mais qui auraient seulement le tort de se trouver « dans les différents départements » dont il est question à l’article I, sont, par le fait même, condamnés à mort. Bref on commence à condamner des gens à mort uniquement pour ce qu’ils sont, et même s’ils n’ont rien fait. C’est d’ailleurs ce qui explique que les soeurs de La Métairie (voir le tableau en haut de la présente section), quatre jeunes filles qui certes n’avaient d’autre tort que d’être nobles, et même leur servante (qui certainement ne faisait pas de politique) sont guillotinées. Il faut bien comprendre que ceci n’est pas un « abus », mais la simple exécution de la loi dont on voit ici le texte. Ceux qui ne sont ni nobles ni prêtres, ni leurs domestiques ne seront mis à mort que s’ils ont participé par un acte positif à la révolte (par exemple aux « attroupements », autrement dit même à un rassemblement pacifique, on dirait aujourd’hui à une « manifestation ») sont également condamnés à mort.

Remarquez bien le 4ème alinéa de l’article IX qui précise que les personnes visées dans la première partie de l’article VI (donc les nobles, les prêtres et leurs domestiques) quand bien même ils livreraient les chefs des rebelles, mettraient bas les armes etc, seront de toutes façons mises à mort. Il s’agit bien de s’assurer que dans tous les cas, même s’ils n’ont rien fait, même si ayant fait quelque chose ils se sont ensuite soumis voire ont livré les rebelles en questions, ces personnes seront mises à mort. On est vraiment dans ce qu’on appellerait aujourd’hui un « racisme de classe ». La loi du 19 mars 1793 annonce ainsi certaines lois soviétiques qui condamneront à mort là aussi les prêtres orthodoxes, ou même les simples paysans riches (les « koulaks », qui seront Staline doivent être « éliminés en tant que classe », ce qui sera d’ailleurs à l’origine de plusieurs millions de morts, notamment en Ukraine).

Extermination de la Vendée sous trois semaines ?

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Proclamation de la Convention en date du 2 octobre 1793 aux armées Républicaines, annexe à la loi du 1er octobre 1793 : « Il faut que les brigands de la Vendée soient exterminés avant la fin du mois d’octobre [..] »

Cette proclamation aux armées républicaines est annexée à la loi du 1er octobre 1793. Elle appelle à « l’extermination des brigands de la Vendée » et ce « avant la fin du mois d’octobre ». Autant dire qu’on ne prendra pas de gants pour obtenir un tel résultat dans un délai aussi court. Je démontre dans mon livre pages 82-99 que l’expression « Brigands de la Vendée » ne peut se comprendre, dans le texte des lois du 1er août et du 1er octobre 1793 la population civile vendéenne en général, au-delà des seuls combattants, ce qui caractérise un crime contre l’humanité. J’estime cependant qu’il existe encore à cette période un « doute raisonnable », au moins au point de vue juridique, sur le fait que l’appel  l’extermination des Vendéens est recherchée en les visant «comme tels » et non « comme rebelles ». Il me semble encore possible, pour cette époque, de soutenir qu’on massacre les Vendéens pour « ce qu’ils font » (une rébellion) et non « pour ce qu’ils sont », indépendamment de ce qu’ils peuvent faire. Mais ce doute disparaît avec le déclenchement de l’opération des colonnes infernales à partir de la fin janvier 1794 : à ce moment-là les Vendéens n’ont plus d’armée, ils n’ont plus les moyens militaires d’une insurrection, il est certain qu’on ne cherche plus à les massacrer que « comme tels », ou « pour ce qu’ils sont » (et d’ailleurs les colonnes de Turreau massacrent aussi les municipalités vendéennes républicaines qui ont le malheur d’être sur leur route), ce qui caractérise juridiquement le crime de génocide. Je tiens cependant à ajouter qu’il n’est pas impossible que le massacre génocidaire ait commencé avant l’ébranlement des colonnes infernales. Il y a des indices troublants de cela, mais que j’estime insuffisants dès lors que le standard légal à atteindre est l’« au-delà de tout doute raisonnable ».

Deux complices dans le génocide : Carrier et Robespierre

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Je n’ai pas de données particulières sur l’origine de ce document. Assez clairement il doit être de l’époque thermidorienne : Robespierre et Carrier y sont montrés de manière assez négative, comme des meurtriers, ce que symbolise le squelette entre les deux. Tous deux d’ailleurs seront guillotinés, le premier le 10 thermidor (28 juillet 1794), et Carrier en décembre suivant. C’est donc un document de propagande anti-robespierriste, mais il exprime une vérité qui me semble judiciairement incontestable, et qu’exprime la chaîne qui relie les deux portraits et que la Mort achève d’y attacher. Carrier a en effet été nommé par une décision collégiale du comité de salut public dont Robespierre fait partie et qui dont l’engage et politiquement et du point de vue de sa responsabilité pénale. Mais surtout il faut en finir avec cette fable selon laquelle Robespierre aurait en quoi que ce soit été à l’origine du « rappel » de Carrier. C’est doublement faux : d’une part c’est Carrier qui a demandé à être rappelé comme en fait foi le registre des actes du comité de salut public, d’autre part il est matériellement impossible que la lettre de rappel de Carrier soit la conséquence de la lettre de Julien de Paris, un émissaire de Robespierre qui effectivement dénonce Carrier comme criminel car cette lettre n’a pas pu matériellement arriver à Paris en temps utile pour la décision soit prise. Au demeurant les crimes de Carrier avaient déjà été dénoncés à Robespierre et au comité de salut public en général bien avant la lettre de Julien de Paris et jamais Robespierre ne l’avait désavoué : on a même des témoignages qui soutiennent que Robespierre aurait répondu à propos des crimes de  Carrier « il fallait cela dans Nantes ». Enfin et surtout, quand Carrier rentre à Paris, il n’est nullement traité comme un criminel, il reprend sa place de député à la Convention qui même l’élit à la charge de Secrétaire. Il continuera à y exercer des responsabilité. Il ne sera pas compris dans la proscription des hébertistes (dont il était) alors que si Robespierre avait voulu s’en débarrasser il en avait là l’occasion rêvée. Bref, Robespierre et Carrier ont bien partie liée, en tous cas pénalement. Car certes les deux hommes  peuvent n’être pas sur la même ligne politique à Paris, ils sont en revanche absolument du même avis sur la manière de traiter le « problème vendéen ». Lorsque Robespierre affirme, le 5 nivôse an II/25 décembre 1793 que « Le gouvernement révolutionnaire doit au bon citoyen toute la protection nationale; il ne doit aux ennemis du Peuple que la mort », il ne fait qu’énoncer le principe politique qu’au même moment Carrier met en oeuvre à Nantes par ses exécutions de masse (et pas seulement par les « noyades » qui n’en sont que la partie la plus célèbre). J’analyse la relation entre Carrier et Robespierre en particulier pages 213-214.

Un gentilhomme en guerre : le marquis de Bonchamps

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Monument funéraire du marquis de Bonchamps à l’abbatial de Saint-Florent-le-Vieil par David d’Angers

Ceci est le superbe monument funéraire sculpté pour le marquis de Bonchamps par David d’Angers. Il se trouve dans l’abbatiale de Saint-Florent-le-Vieil. Ce monument a une histoire : alors que les Vendéens se trouvaient acculés contre la Loire (l’abbatiale est en surplomb du fleuve), pressés par les troupes de la Convention, ils avaient 5000 prisonniers « Bleus ». Ils allaient devoir traverser le fleuve (ce serait le début de la désastreuse « virée de Galerne »). Ils ne pouvaient pas emmener leurs prisonniers avec eux et certains voulaient les massacrer. Leur chef, Bonchamps, était mortellement blessé mais il ordonna qu’on ne les tue pas « Grâce aux prisonniers, Bonchamps le veut, Bonchamps l’ordonne ! ». Les prisonniers ne furent pas massacrés. Parmi eux se trouvait le père de celui qui allait devenir le fameux sculpteur David d’Angers qui, par reconnaissance, fit ce monument au marquis de Bonchamps qui est aujourd’hui comme le juste témoignage rendu à ce gentilhomme chrétien, qui en l’occurrence a d’abord respecté le droit de la guerre : on ne tue pas les prisonniers, c’est un crime de guerre (commis systématiquement par les armées « Bleues » au demeurant pour les raisons que j’explique dans la partie III de mon livre à partir de la page 65). La « grâce de Bonchamps » a fait honte aux représentants en mission, qui ont d’ailleurs essayé d’en faire disparaître le souvenir, mais il y avait trop de témoins et le fait n’est discuté par aucun historien. Ils ont exigé des prisonniers libérés que, comme pour se « racheter » ils massacrent à leur tour des civils. Le comportement des Vendéens à l’égard des prisonniers été fort différent de celui des armées républicaines. Je recommande en particulier la lettre que les chefs Vendéens  (dont Bonchamps, mais aussi Lescure, La Rochejacquelin etc) ont adressée aux habitants de Niort le 28 mai 1793 et que je cite en annexe de mon livre.

Un sauf-conduit vendéen pour prisonnier Républicain

passeport-delivre-le-27-mai-1793

« Nous commandant les armées Catholiques, Royalistes avons accordé le présent passeport à … lequel a promis sur son honneur de ne pas reprendre les armes contre son Roy et la religion Catholique apostolique et romaine »

Ce document est un « passeport » autrement dit un « laissez-passer » dans le langage de l’époque, délivré le 27 mai 1793 à un soldat républicain originaire du Département de l’Hérault,  pour pouvoir rentrer chez lui après avoir été fait prisonnier, contre le seul serment prêté « sur son honneur » de « ne jamais reprendre les armes contre la religion catholique, apostolique et romaine ». Il présente à mes yeux un double intérêt : 1) les troupes vendéennes ne massacrent pas leurs prisonniers. J’aimerais bien qu’on me montre un document semblable qui aurait été émis par les armées « Bleues » : d’après les historiens, elles massacraient systématiquement leurs prisonniers, je ne crois pas qu’elles se soient conduites à leur égard selon le droit de la guerre qui interdit de le faire. 2) il est demandé au soldat libéré de ne pas reprendre les armes….contre la religion catholique. Ce document montre donc que ceux qui l’ont émis ont conscience de se battre d’abord pour une cause religieuse. La cause de la monarchie n’est mentionnée qu’indirectement dans la date qui est mentionnée comme étant dans « l’an premier du règne de Louis Dix-Sept » puisque Louis Seize a été guillotiné le 21 janvier précédent.

Le massacre des Lucs-sur-Boulogne

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Ces deux plaques gravées se trouvent dans une chapelle expiatoire aux Lucs-sur-Boulogne, très exactement à l’emplacement dans l’ancienne église de « Notre-Dame du Petit-Luc », puisqu’au début de la Révolution il y avait deux paroisses, devenues deux communes : le « Grand Luc » et le « Petit Luc ». Mais le 28 février 1794 une des « colonnes infernales » a ravagé ces deux villages et tué tous les habitants qui n’avaient pas pu fuir. On a un temps perdu la trace exacte de ce massacre jusqu’à ce qu’on retrouve, au XIXème siècle, un registre sur lequel le curé de l’époque, l’abbé Barbedette, avait noté les noms des personnes massacrées : 564 personnes dont 110 enfants de moins de 7 ans. Sur ces deux plaques (qui font partie d’un ensemble de 22 qui courent le long de cette chapelle, construite après la découverte du registre, en 1866) ont voit reproduits ces noms et en regard de chacun d’eux l’âge de la victime. Sans la liste de l’abbé Barbedette, ce massacre serait resté en quelque sorte enfoui dans la mémoire collective et les victimes seraient restées anonymes, comme c’est d’ailleurs le cas général des massacres commis à ce moment-là. Les historiens estiment entre 117.000 (Reynald Secher) et près voire plus de 200.000 le nom des victimes de la guerre de Vendée, mais on ne dispose évidemment pas de tous leurs noms et le seul fait qu’on ne sache pas citer le nombre des victimes à 50.000 près (un chiffre raisonnable serait : 150.000, plus ou moins 50.000, ou plus si l’on inclut les soldats « Bleus », certains historiens vont jusqu’à 250.000) donne déjà une idée de l’ampleur et de la sauvagerie des massacres. Mais au moins on dispose de ces 564 noms (ici, la liste des victimes empruntée au site SARCTV). Certains historiens ont cherché à nier le fait, à reconstituer un récit selon lequel il y aurait eu en fait plusieurs massacres intervenus dans ce lieu à différentes époques et qui auraient été amalgamés en un seul par la mémoire populaire. Cette théorie ne tient plus depuis les recherches critiques menées dans les années 1980 et synthétisées dans le remarquable ouvrage de Pierre Marambaud « Les Lucs, la Vendée, la Terreur et la Mémoire » Ed. de l’Etrave 1993. Passons rapidement sur le fait qu’il y ait eu un ou plusieurs massacres est de toutes façon juridiquement assez indifférent et que si certains historiens estiment pouvoir changer la qualification pénale de ce massacre en le répartissant en plusieurs épisodes, non seulement ils se trompent, mais il se pourrait même qu’ils ne fassent que confirmer la nature génocidaire du massacre en question. Se poserait alors en effet la question de l’intention ou plutôt des intentions présidant à cette série de massacres qui selon toute vraisemblance serait plus certainement encore criminelle : un seul massacre, on peut encore essayer de plaider que c’est un « dérapage » ; une série de massacres, ça ne peut pas être le fait du hasard. Ce dont il faut se souvenir en tous cas, c’est que le cas des Lucs-sur-Boulogne n’est pas unique : il est seulement emblématique parce qu’on a eu la chance qu’une liste des victimes ait été dressée à l’époque et qu’elle ait été retrouvée (il s’en est fallu de peu qu’elle ne le soit jamais). Un tel massacre, parce qu’il est commis dans le contexte général d’autres massacres de même nature va évidemment au-delà du simple «crime de guerre ».  Comme il est intervenu dans le cadre plus général d’une « attaque généralisée et systématique contre une population civile et en connaissance de cette attaque » (ce qui veut dire que l’attaque n’a pas été le fait du hasard), cela suffirait déjà à le faire qualifier de « crime contre l’humanité ». Mais comme en outre cette attaque ne pouvait avoir, à ce moment-là, aucune autre finalité possible que la destruction de la population « comme telle » (car en février 1794 il n’y a plus d’armée catholique et royale capable d’opposer une résistance et que donc on ne peut pas attribuer à l’attaque et aux meurtres une finalité qui serait celle de mettre fin à une rébellion), on est finalement dans le cadre d’un acte de génocide. Je donne tous les éléments juridiques de la démonstration dans les parties V (pages 101-182) et VII (surtout pages 269-285).