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2 Comments

  1. Philippe P.

    Bonjour Monsieur Villemain,

    J’ai 50 ans, mais ne m’intéresse aux guerres de Vendée que depuis seulement 3 ans, quand j’ai découvert que je descendais de combattants vendéens ou de victimes par mes 4 grands parents.
    La mémoire familiale était tombé à presque rien.
    J’ai lu très attentivement votre livre et l’ai beaucoup apprécié. Il est porté par la raison juridique et non par des passions politico-historiques. Il est précis et très bien documenté, mais accessible et compréhensible.
    Bravo à vous.
    J’ai 2 remarques à partager en toute bienveillance avec vous :

    • 1- Vous terminez votre ouvrage par la déclaration de Marigny à la population de Niort. Ce document m’a toujours mis mal à l’aise depuis que je connais le comportement de Marigny quelques semaines plus tard après la bataille de Châtillon. C’est l’archétype des bonnes intentions qui finissent en folie meurtrière. Mes ancêtres ont servi sous Lescure et Marigny. Étaient-ils de purs combattants chrétiens ou parfois des criminels de guerre ?
    • 2- Votre travail remarquable porte un message équilibré comme les recherches d’Alain Gérard. Mais la plupart de vos commentateurs proviennent d’un milieu où je ressens plus de capacités à la récupération extrémiste qu’à la bienveillance à l’égard des républicains incrédules. La mémoire des mes ancêtres compte à mes yeux trop de défenseurs indignes. Comment arrêter cette malédiction ?

    J’espère que ce livre n’est pas le dernier et que vous pourrez continuer à développer votre message. Je termine par la synthèse de vos derniers mots :

    la valeur de la démocratie n’est pas atteinte par le fait que les chemins pour y arriver sont … marqués de détours … et de crimes … abominables.

    Ces mots vous honorent.
    Merci de m’avoir lu.

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    • Monsieur,

      Je vous remercie pour votre intéressant message.
      Je répondrai à votre lettre d’un strict point de vue juridique, car je m’en tiens strictement aux règles du Droit. Mais je vous ferai observer, deux choses s’agissant de la bataille de Châtillon.

      1) Marigny a, de fait, massacré un certain nombre de prisonniers. Sur le nombre, les historiens ne sont pas d’accord et d’ailleurs ce n’est pas le problème. Les autres chefs vendéens dont Lescure ont essayé de s’y opposer, sans succès, comme le raconte la marquise de la Rochejaquelein (dont Lescure fut le premier mari) dans ses mémoires. La marquise a d’ailleurs un jugement assez sévère sur Marigny « il s’échauffait au point de perdre complètement la tête; aussi a-t-il nui quelquefois aux succès de l’armée, à laquelle cependant ses talents ont bien plus souvent servi. Il faut encore attribuer à cette espèce d’égarement et de vertige sa dureté et son inhumanité envers les vaincus. Presque jamais il n’en épargnait aucun, quelque représentation qu’on pût lui faire; il était fortement persuadé que cela était utile au parti. ».

      2) sur le plan de l’analyse juridique, cependant, ce que fait Marigny n’est pas criminel. Il s’agit en effet de représailles. Les représailles font partie du droit de la guerre. Je traite de la question pages 66 et 67 de mon livre auxquelles je vous renvoie et où je cite un autre massacre de prisonniers, par Charrette en l’occurrence, après l’affaire de Quiberon. Mais comme j’en parle rapidement , je vais être ici un peu plus précis. J’aurais aimé pouvoir vous renvoyer à Wikipedia pour leur définition, mais l’article de cette encyclopédie sur le sujet « représailles » est totalement indigent et à peu près totalement imbécile. En outre le droit des représailles n’est pas le même au XVIIIème siècle et aujourd’hui. Je vous conseille donc le lien suivant, Il s’agit du site de « Médecins sans frontières », une source que j’espère vous considèrerez comme crédible. L’idéal serait pour vous de vous reporter aux paragraphes 581 et suivants du manuel classique de Nguyen Quoc Dinh, Daillier et Pellet, « Droit International Public » aux éditions « Librairie Générale de Droit et de Jurisprudence », mais ce n’est pas accessible sur Internet.

      Au XVIIIème siècle le droit aux représailles est absolu. Le droit de la guerre n’oblige que sous réserve de son respect par l’autre partie. Autrement dit, si une partie massacre prisonniers ou civils, l’autre partie a exactement le même droit. J’appelle votre attention sur la lettre aux habitants de Niort qui est reproduite dans mon livre pp.295-296 et dont vous parlez dans votre post. Vous y trouverez la phrase « Nous pourrions user de représailles envers vos familles ». Selon le droit en vigueur au XVIIIème siècle, c’est tout à fait exact : « vous tuez nos familles, nous avons donc le droit de tuer les vôtres ». Le droit des représailles c’est en quelque sorte « l’équilibre de la terreur ». Ce droit est resté à peu près absolu jusqu’à la deuxième guerre mondiale. Je vous rappelle que si les Alliés ont tant bombardé les villes allemandes, c’est parce que les Allemands avaient d’abord bombardé les villes anglaises. Vous vous souviendrez aussi que si Hitler a renoncé à bombarder les populations civiles avec des obus à gaz toxiques (et clairement les nazis n’avaient aucun scrupule à utiliser de tels gaz, comme ils l’ont montré à Auchswitz et ailleurs), c’est parce qu’ils avaient été prévenus que s’ils le faisaient, les villes allemandes seraient également bombardées avec les mêmes gaz. L’équilibre de la terreur a fonctionné. En cela on peut comprendre Marigny qui pensait que les représailles « seraient utiles au parti ». Les représailles sont également à la base de la dissuasion nucléaire : la doctrine nucléaire des « Représailles Massives » a longtemps été la doctrine de la dissuasion nucléaire des Etats-Unis (voir l’article « Dissuasion nucléaire pendant la guerre froide » sur Wikipedia, qui n’est pas mal fait. Ce n’est que depuis 1945 que le droit international humanitaire a commencé à interdire les représailles armées contre les civils (c’est d’ailleurs l’origine de la question de la licéité du recours à l’arme nucléaire en droit international) et fortement limité même les représailles armées contre les militaires. Aujourd’hui seules les représailles non armées sont sans aucun doute légales.

      Mais revenons au cas de la guerre de Vendée, qui doit s’apprécier ici selon le droit de la guerre de l’époque. Au XVIIIème siècle, le droit de représailles étant absolu, dès lors que les armées républicaines ne faisaient pas de prisonniers, il était parfaitement légal que les Vendéens n’en fassent pas. Donc le massacre de prisonniers par Marigny n’est pas un crime de guerre selon les normes du XVIIIème siècle. Certes cela choque notre conception actuelle car aujourd’hui nous considérons que le droit humanitaire oblige en toutes circonstances. Je pense que c’est ce qui motive les mots durs que vous avez contre Marigny, et d’ailleurs vous constaterez que la marquise de La Rochejaquelein, qui certes n’était pas une militaire, ne raisonnait pas autrement : elle raisonne selon une certaine morale chrétienne, qui sera également celle de Bonchamps (la fameuse « grâce de Bonchamps »). Mais le droit de la guerre n’est pas, en tous cas pas au XVIIIème siècle, la traduction pure et simple de cette morale chrétienne-là. Ce serait plutôt : « De la mesure dont vous userez pour les autres, on usera pour vous-mêmes » Ev. De S. Matthieu, 7,2). Vous tuez nos prisonniers, nous tuerons les vôtres : principe de réciprocité absolue.

      La différence reste cependant que ces violences vendéennes ne sont que la réaction d’ailleurs pas systématique à une barbarie des « Bleus » qui fut, elle, absolument systématique. La loi du 19 mars, en mettant les Vendéens « Hors-la-Loi » décidait qu’on ne respecterait à leur égard aucune espèce de loi (voir mon livre pages 58-63). Du côté « Bleu », la barbarie fut une politique délibérée et systématique, du côté « Blanc », elle ne fut qu’une réponse mesurée, proportionnée et non systématique. Et en tous cas légale selon le droit de la guerre de l’époque.

      Quoiqu’il en soit vous avez posé une excellente question, dont je vous remercie.

      Une autre partie de votre commentaire est pour critiquer les « défenseurs indignes » de la mémoire vendéenne. Je n’entrerai pas dans cette polémique car elle n’est pas juridique mais politique et je ne fais pas de politique : je fais du Droit. Je voudrais cependant essayer de répondre à votre question « comment arrêter cette malédiction » ? Je peux tout à fait comprendre que vous considérez comme une « malédiction » cette espèce de « concurrence des mémoires ». Mais il faut bien comprendre qu’elle est la conséquence du négationnisme des crimes en Vendée : tant qu’il y aura des gens pour dire « Les violences de la guerre de Vendée ne furent pas des crimes parce que la République, qui est un régime de droit et de justice, ne saurait être criminelle, et ceux qui prétendent que ces violences furent des crimes sont des anti-républicains », vous ne pourrez éviter en face la réponse « Ces violences furent des crimes, et puisque c’est au nom de la République qu’ils furent commis, c’est que la République est un régime criminel ». Vous me rendez au moins cette justice que ce n’est pas mon raisonnement. Et ce n’est pas mon raisonnement parce que c’est un raisonnement politique et non pas juridique.

      La vérité, et la vérité juridique, c’est que ces violences furent bien des crimes : crimes de guerre, crimes contre l’humanité, crime de génocide. Mais ce n’est pas vrai juridiquement que la République en soit coupable. Les crimes sont commis par des criminels. Les régimes politiques peuvent être le cadre de leurs crimes, voire le moyen de leurs crimes. Mais si on tue quelqu’un à coups de couteau, ce n’est pas le couteau qui est coupable : c’est celui qui le manie. Il faut donc tenir les deux bouts du raisonnement : les violences de la guerre de Vendée furent bien des crimes, mais ces crimes furent commis par des criminels qui se nommaient Robespierre et les autres membres du comité de salut public. Ils se nommaient Carrier et les autres Représentants en Mission qui saignèrent la Vendée. Ils se nommaient Turreau et les autres militaires qui tuèrent les Vendéens par dizaines de milliers. Le Droit ne nous permet pas d’aller au-delà de ces affirmations. Quant à la politique : ce n’est pas mon affaire.

      Dernier point : je veux bien que le régime politique de 1793-94 se soit nommé « République ». Mais de quoi parle-t-on ? d’un régime né d’une insurrection, qui a renversé le régime constitutionnel de 1791. Ce régime n’a jamais été un Etat de Droit, il a piétiné toute espèce de législation à commencer par la Déclaration des Droits de l’Homme. Il n’a élaboré une Constitution que pour la mettre dans une arche de cèdre et dire qu’elle serait appliquée « après la paix » (cette « Constitution de l’an I » ne fut bien entendu jamais mise en œuvre). La Convention, faut-il le rappeler, a été élue par moins de 10% du corps électoral, et dans un climat de terreur (juste après les massacres de septembre 1792). Le vote était public, il n’était pas libre. Un scrutin dans de telles conditions est encore moins démocratique que pouvaient l’être ceux de l’Union Soviétique (il s’agissait là aussi d’un régime qui se proclamait « République », et même « Union des Républiques Socialistes et Soviétique »). Là-dessus je vous renvoie à Edgar Quinet, républicain sincère (qui comme tel a sa rue et sa station de métro à Paris d’ailleurs) pour qui la Terreur a surtout servi à rendre le nom de République odieux à la plupart des français pendant 50 ans. Et d’ailleurs la République ne deviendra respectable aux yeux de nombre de Français qu’après 1871 quand elle aura écrasé dans le sang un régime révolutionnaire, la Commune, dont les responsables auront essayé d’imiter la Terreur et commis aussi bien des crimes, comme par exemple fusiller des otages : on ne reverra plus ce genre de choses en France qu’en 1940-45, et ce sera le fait des nazis. L’horreur appelle l’horreur, c’est ainsi.

      Je reste donc attaché aux principes du Droit et de la Justice : 1) un crime est un crime et cela doit être dit. 2) les crimes sont commis par des êtres humains qui sont des criminels, inutile d’aller chercher à les attribuer à des pays, à des périodes historiques, à de régimes politique. Ces crimes ne sont pas ceux de « La France » ou de « La Révolution » ou de « La République ». La France c’est le cadre géographique, la Révolution c’est le cadre historique, la République c’est le cadre politique. Mais le crime, ce n’est pas le cadre, c’est le tableau. Ce n’est pas le cadre qui est responsable du tableau, mais le peintre. La question est donc : qui a peint cet horrible tableau ? qui en sont les auteurs ? Elle n’est pas ailleurs. En tous cas pas du point de vue juridique

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